Martial Solal

L’Académie Charles Gros décerne un Prix In memoriam à Martial Solal. Mais pour être franc, un Prix aurait pu lui être décerné chaque année car chaque année, son nom revenait sur le devant de la scène, proposé par l’un ou l’autre des membres de la commission Jazz. Martial était l’un des héros que nous avions chaque année envie de glorifier.
Martial a certainement été, avec Django Reinhardt, l’un des musiciens français les plus déterminants issus du jazz européen. Génial improvisateur, compositeur, arrangeur, chef d’orchestre, on se souvient de la musique du film de Jean-Luc Godard À bout de souffle ou de celle du film de Jean-Pierre Melville Léon Morin, prêtre, Martial se sera singularisé de ses contemporains dans les années 50 en trouvant sa propre voix, en creusant son propre sillon au travers de ce qu’il aimait lui-même à qualifier de « travers ». C’est en approfondissant ses « travers » qu’il a trouvé son propre vocabulaire, initiant un langage personnel le démarquant de l’influence de ses aînés noirs-américains, Teddy Wilson et Art Tatum en particulier.
Si Martial su être l’un des pianistes les plus sollicités par ses aînés (Django Reinhardt, Sidney Bechet, Roy Haynes, Chet Baker, Kenny Clarke, Dizzy Gillespie, Stan Getz, Stéphane Grappelli…), il a très vite incarné une singularité qui allait ouvrir une nouvelle perspective de création pour les musiciens français. Martial Solal, plus que tout autre, aura su ce qu’était qu’être jazz. Ce que ce mot pouvait permettre en termes de développement personnel. Il aura rayonné durant presque huit décennies, ne se répétant jamais et ouvrant ainsi la voie à de très nombreux musiciens qui bénéficieront de son expérience et de ses visions.
Pianiste virtuose, original, inventif et plein d’humour, ce que l’on retiendra de Martial est qu’il fut un travailleur acharné, d’une très grande rigueur. Sa technique admirable, il l’a entretenue tout au long de sa carrière.
Un livre et une bande dessinée sont sortis cette année qui vous permettront d’en apprendre beaucoup plus sur cet artiste déterminant. Le premier, ce sont ses mémoires intitulées Mon siècle de Jazz, paru chez Frémeaux & Associés. Le second est une bande dessinée titrée Martial Solal, une vie à l’improviste, par Vincent Sorel, éditions du Layeur.

Décédé le 12 décembre dernier à l’âge de 97 ans, Martial Solal aura régné près de quatre-vingts années sur le jazz français et international. Il est l’un des génies les plus populaires de la musique savante du XXe siècle.

Jean-Michel Proust

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