De l’art d’induire en erreur
Teodoro Anzellotti, accordéon
Jean-Guihen Queyras, violoncelle
Iris Torossian, harpe
Arcis Saxophon Quartett
Ensemble Recherche
Neue Vocalsolisten
Deutsches Symphonie-Orchester Berlin, direction Johannes Kalitzke
Œuvre majeure de Fabien Lévy, De l’art d’induire en erreur (2019) pourrait figurer le versant artistique de ses recherches sur les relations entre écriture musicale et perception. La pièce dépasse néanmoins les effets purement sensoriels liés aux métamorphoses et aux illusions grâce à la présence de textes de ou d’après Nietzsche, Apollinaire, Artaud ou le rabbin Nahman de Bratslav. Le monde vocal (trois solistes) et orchestral s’y fait tour à tour dramatique (sprechgesang), pointil-liste-bruitiste ou poétique, évoquant la vie et la création artistique.
Les polytemporalités et jeux d’accents des quatre saxophones du début de Durch, in memorian G. Grisey (1998) rappellent le Vortex Temporum du maître. À propos décline successivement les imaginaires plastiques de Hawkinson, Hokusaï, Burri et Penone, en textures diversifiées mêlant grouillement et raréfaction, gravité et humour. Enfin, Les deux ampoules d’un sablier peu à peu se comprennent (1996) joue avec les illusions de vitesse créées par des distorsions de hauteur. Couvrant vingt-quatre années, les quatre œuvres témoignent de l’esthétique à la fois réfléchie et incarnée de Fabien Lévy.
Muriel Joubert