La bête à sept têtes

Conte musical de l’ARFI, par Clément Gibert, Clémence Cognet, Olivier Bost

Insérer un CD de l’ARFI dans un lecteur de disques, c’est accepter d’avance de se laisser déposséder de son confort et se dire qu’on va pouvoir écouter des musiciens trifouiller les sons, c’est à dire fouiller une fois, deux fois, trois fois leur texture et leur combinaison. On n’est jamais perdu, car on a toujours les pieds bien enracinés, par exemple avec un rythme de bourrée (celui qui ouvre le disque) et qui permet alors à une clarinette, un trombone, un violon, de faire chacun leur danse. Et pour que l’on ne soit pas perdus dans un agencement sonore qui « déchire », comme aiment à dire les adolescents, le violon entame rapidement l’air de l’herminette, dont chacun sait (au moins en Auvergne) que c’était un instrument servant à tailler les sabots. Lesquels sabots étaient la chaussure idéale pour danser la bourrée. CQFD. Ainsi au terme de la première plage toute l’intelligence de la composition est en place. Le conte peut alors commencer, écrit par Clément Gibert, parsemé de chansons traditionnelles, revisitées et adaptées selon l’esprit ARFI. La musique nous plonge dans un monde qui s’autosubmerge dans son histoire passée et à venir. Qu’importe l’accord parfait pourvu qu’on ait l’ivresse ? C’est une musique à écouter ensemble après s’être rendus disponibles les uns aux autres. C’est la suggestion de la dernière chanson, où la bête est finalement fière de dire qui elle est quand on la rencontre sur les routes ou sous les ponts.

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