Sélection Jazz, Blues & Soul 2023

Alex Dutilh, producteur de l’émission OPEN JAZZ, a accueilli l’Académie Charles Cros à l’occasion des Coups de Cœur et le Prix In Honorem 2023 de la Commission Jazz, Blues et Soul le lundi 15 janvier, de 18h à 19h.

L’émission a réçu à cette occasion d’Alice Leclercq, Mathilde Favre et Jacques Périn, membres de la commission, et de la lauréate du Prix In Honorem, Hélène Dumez.

Le Grand Prix Blues & Soul est remis à Robert Finley le 8 février, à la Clef, Saint-Germain-en-Laye.

Le Grand Prix Jazz sera remis à James Brandon Lewis le 20 avril, au Petit Faucheux, Tours.


Jazz

Seetu

African Jazz Roots

Peewee !

For Mahalia, with love

James Brandon Lewis

Tao Forms / Orkhêstra

Zeitgeist

Laurent Cugny Tentet

Frémeaux

Solo Game

Sullivan Fortner

Artwork

No(w) Beauty

No(w) Beauty

Menace

Les Métanuits

Émile Parisien & Roberto Negro

ACT

Pédron Rubalcaba

Pierrick Pédron & Gonzalo Rubalcaba

Gazebo

Initio

Mark Priore Trio

Jazz Eleven

New Stories

Hervé Sellin, Jean-Paul Celea, Daniel Humair

Frémeaux

Zodiac Suite Mary Lou Williams

Umlaut Chamber Orchestra

Umlaut records


Blues & Soul

Robert Finley

Black Bayou

Easy Eye Sound

L’histoire de Robert Finley est unique… Né en 1954, ce fringant septuagénaire ne s’attendait certainement pas à ce que son nom résonne sur les scènes internationales après des décennies de tentatives artistiques peu fructueuses. Il aura fallu le coup de pouce initial de Tim Duffy, président de la fondation « Music Maker », et l’oreille attentive de Dan Auerbach, leader du groupe « The Black Keys », pour que la voix singulière de ce chanteur inspiré parvienne jusqu’à nos oreilles. En 2015, Robert Finley a 61 ans et cherche à s’épanouir en interprétant des ritournelles, seul à la guitare, dans les rues d’Helena en Arkansas. Son authenticité suscite l’intérêt et convainc quelques interlocuteurs avertis à lui offrir sa chance. Son premier album paraît un an plus tard. Le titre, teinté d’humour, est suffisamment explicite pour déceler le récit que son auteur veut alors écrire. « Age don’t mean a thing » (L’âge n’a pas d’importance). Son aventure musicale débute sur les chapeaux de roues.

Les critiques comme le public acclament ce soulman élancé à l’allure de cow-boy
intemporel. L’académie Charles Cros lui décerne rapidement un premier coup de cœur en 2017, puis un deuxième en 2021. La consécration jaillit aujourd’hui avec ce Grand Prix pour un 4e album, « Black Bayou », enraciné dans les marais de Louisiane. Le blues, la soul, les bottes crottées et la voix délicatement rugueuse de Robert Finley nous transportent sur sa terre natale, là où il vécut sa prime jeunesse bercée par le gospel d’une famille pieuse et ses désirs adolescents de braver l’interdit en écoutant, en cachette, la musique profane des grandes figures d’antan. Cet environnement sonore a façonné sa tessiture et son répertoire nourri d’une existence malmenée mais tellement sincère.

Joe Farmer

Gabriels

Angels & Queens

Atlas Artists-Warner

Gabriels déploie ses ailes. On n’en attendait pas moins du trio californien vu le niveau de ses deux premiers EP. Cette soul audacieuse, poignante et lumineuse, on la retrouve rayonnante comme jamais sur ce premier album à la pochette spectaculaire. Une surprise : la présence du producteur Sounwave, précieux allié de Kendrick Lamar et véritable quatrième homme ici, coréalisateur et coauteur de tous les titres. Sept perles, pas une de moins. On connaissait The blind, qui fin 2020 ouvrait « Love And Hate In A Different Time » en plantant un décor à part, un brin déphasé et terriblement envoûtant. On en retrouve ici une version plus charnue, qui ferait presque passer la VO pour une démo. C’est bien la grande force d’« Angels & Queens » : donner plus de punch à une alchimie particulière sans en altérer l’identité. Portées par d’irrésistibles pulsations puisées à la source d’un disco soulful et organique, la chanson-titre et Remember me marchent dans les pas de ce Love and hate qui fit décoller le groupe. Un élan contagieux qui permet à Gabriels d’illustrer en grand son sens du récit musical. Minutieusement agencé par Ryan Hope et Ari Balouzian, divinement chanté par Jacob Lusk, champion de la puissance contenue pour mieux nous chambouler. Plus encore quand le tempo ralentit. Accroché à un piano limpide qui fait office de balise dans la tourmente, Taboo avance en claudiquant, tandis que Mama prend son temps et tente de rassurer. À nouveau, les arrangements de cordes créent une dynamique saisissante, tandis qu’un désir de crescendo aboutit à deux sommets. To the moon and back qui s’emballe tambour battant et If you only knew qui laisse jaillir une ferveur gospel pour alimenter une envolée bouleversante. Gabriels vole déjà haut.

Nicolas Teurnier

The Right Man

D.K. Harrell

Little Village Foundation / littlevillagefoundation.com

C’est un fait, YouTube est aujourd’hui devenu une école et une scène irremplaçables. C’est là que D.K. Harrell a tout appris des grands bluesmen disparus, et singulièrement de B.B. King dont il a visionné et disséqué les vidéos pour en pénétrer la technique et l’esprit. C’est aussi là qu’il a posté ses propres vidéos qui ont retenu l’attention de la « bluesosphère », au point d’être convié à un symposium au B.B. King Museum d’Indianola.

À 25 ans, il propose ce premier album abouti et maîtrisé de bout en bout. Certes, il bénéficie du concours d’un aréopage exceptionnel (dont deux ex-musiciens de B.B. King, Tony Coleman à la batterie et Jerry Jemmott à la basse), mais c’est bien sa personnalité qui fait la différence. Il manifeste une maturité confondante à la guitare : placement, rythme, contrôle de la puissance, décontraction. Il fait preuve du même naturel au chant, en adéquation avec ses compositions originales, un pied dans la tradition, l’autre dans son époque. Le blues qui le nourrit et qu’il revendique se pare souvent de nuances soul (Honey ain’t so sweet), jazz (One for the road) et funky (You’re a queen, Not here for a long time).

Ce premier album, réussi de bout en bout, inscrit D.K. Harrell dans la nouvelle génération de bluesmen qui a émergé récemment dans le sud des États-Unis, avec notamment Jontavious Willis, Dylan Triplett, Marcus Cartwright ou Mathias Lattin.

Jacques Périn

Elli Ingram

Bad Behaviour

PINC

« Love You Really », le premier album d’Elli Ingram paru en 2017, était un modèle de soul groovy peaufiné par une jeune chanteuse-songwriter (née en 1993) et ses deux complices à peine plus âgés, Felix Joseph et Aston Rudi, habitant eux aussi Brighton (UK). Un trio perfectionniste qui avait pris le temps de bien faire, à sa manière, au point de lasser la major qui n’attendait plus le bébé. Zéro promo à la sortie. Ingram reste à quai quand outreManche une brillante génération héritière comme elle d’Amy Winehouse prend le large.

Mais Ingram devient un nom dont on guette chaque nouveau titre. Rare, mais toujours une franche coudée au-dessus de la mêlée. C’est bien le cas des sept singles qu’elle a publiés sur son propre label depuis février 2020, tous réunis dans ce deuxième album qui lui aussi s’est fait attendre. Si d’autres coauteurs et producteurs ont été sollicités et que Felix Joseph n’est présent que sur un morceau (Fool’s gold, slow pertinent en duo avec Mahalia), Aston Rudi en est l’architecte principal, garant d’une patte sonore clairement identifiable. L’apport des jeux agiles et goûtus de Dayna Fisher (basse) et Marco Bernadis (sax) n’y est pas non plus étranger, et chaque chanson bénéficie d’un bel équilibre à tous les niveaux de sa construction.

Autant de cadres sur mesure qu’Elli investit de son timbre espiègle et de ses
mots profondément incarnés qui racontent sans ambages, inspirés par les "mauvais
comportements" constatés dans son entourage. Aucun temps faible entre le départ
(l’autoportrait satirique No plan B) et l’arrivée (les imparables vibrations cuivrées de la chanson-titre). On pourrait vanter les mérites de Growing pains, de Flowers, de Heavy (ces refrains, cette narration !), que l’on côtoie depuis des mois, on peut aussi souligner un art de la retenue particulièrement intense lorsqu’il embrasse des sujets douloureux (Poor baby, Selfish). Il est grand temps de faire connaissance avec Elli Ingram.