Sélection Jeune Public automne 2020

Une sélection proposée par le groupe Jeune Public :

Gérard Authelain, Gilles Avisse, Dominique Boutel, Blandine Canonne, Odile Martin, Véronique Soulé et Françoise Tenier.


Dès la naissance

Comptines et berceuses de vanille, des rives de l’Afrique aux îles de l’océan Indien

Nathalie Soussana

Didier jeunesse, Comptines du monde

Collectage : Nathalie Soussana, réalisation musicale : Jean-Christophe Hoarau,
illustrations : Magali Attiogbé

Ce trente-neuvième (déjà !) titre de la collection Comptines du monde est encore une fois une belle réussite. Il faut dire que Nathalie Soussana et Jean-Christophe Hoarau n’en sont plus à leur coup d’essai ! Ces vingt-cinq chansons, collectées auprès de familles vivant en région parisienne ou plus loin, reflètent l’histoire métissée de cette région du monde, avec ses arrivées successives de populations venues de partout : Madagascar, La Réunion, les Comores, le Mozambique, l’Afrique du Sud, le Kenya, les îles Maurice et Rodigues, Mayotte... Les chansons sont tour à tour en créole réunionnais, mauricien ou rodriguais, en zoulou, ronga, swahili, comorien ou malgache, interprétées par Nawal, Costa Neto, Tao Ravao ou Justin Vali, entourés de chœurs d’enfants et d’adultes, avec des arrangements d’une grande finesse, sur une belle variété d’instruments traditionnels. Comme pour chaque titre de la collection, les paroles des chansons en langue originale sont traduites en français, avec des commentaires circonstanciés et toujours passionnants pour chacune d’entre elles. Un grand bravo également à Magali Attiogbé pour ses illustrations : les harmonies de teintes, le travail sur la matière, la variété des compositions, son interprétation graphique des comptines et berceuses qui leur donne de l’ampleur alors que les paroles sont parfois si ténues, tout cela concourt à la réussite de cet album.

Véronique Soulé

Mita mita, comptines et danses d’Afrique du Sud

1 CD, ARB MUSIC

Chant, chœur : Portia Manyike
Guitare, chœur : Amen Viana
Percussions : Djongolo

Mais quel joli voyage dans les langues et les musiques que ce nouvel opus des éditions ARB Music : un choix très raffiné de jeux, de danses, berceuses dans des langues aussi diverses que le sotho, le ixitsonga, le zoulou ou l’anglais, traduit la diversité des cultures d’Afrique du Sud qui se croisent à Alexandra, le township natal de la chanteuse Portya Manyike qui a réuni ce répertoire. Chansons à danser, au rythme joyeux, comme le titre de l’album, Mita Mita, ou encore Pidi Pidi (les canards), Matsipa Tsipani ou encore le très amusant Khuchu Khuchu (le train), côtoient des mélodies plus mélancoliques, Thula Thula, accompagnées de la guitare de Amen Viana et des percussions de Djongoio.

Dominique Boutel

Popka, comptines, danses et berceuses du Congo Brazzaville

1 CD, ARB MUSIC

Chant, basse, chœur, claps : Armel Malonga
Guitare, chœur : Amen Viana
Chœur, voix parlée : Kora Jamson
Percussions, chœur : Émile Biayenda
Livret avec les textes des chansons et leur traduction française.

Armel Malonga est originaire de Brazzaville, de l’autre côté du grand fleuve qui sert de frontière avec la RDC Kinshasa. Dès son plus jeune âge, il apprend à jouer différents instruments avant de se distinguer en tant qu’accompagnateur de nombreux musiciens/chanteurs africains comme Zao, Ali Farka Toure, Lokua Kanza ou Jacob Devarieux du groupe antillais (Martinique, Guadeloupe) Kassav. Également performeur, on le retrouve dans des spectacles créés par des chorégraphes et des dramaturges congolais.
Popka est la clameur joyeuse des gamins de Brazzaville. C’est aussi un regard tendre et enjoué sur l’enfance de l’artiste. Comptines et rondes traditionnelles se succèdent sur des rythmes de danses rumbas, marches et zébola. Entouré de ses complices Amen Viana (guitare, chœur, claps), Kora Jamson (chœur, voix parlée, claps) et Emile Biayenda (djembé, bongo, dun dun, kass kass, lokole, n’goma, maracas, chœur, claps), Armel Malonga chante d’une belle voix tout en nuances et sur des arrangements inventifs où la guitare et les percussions ont un rôle prédominant. Il raconte en langues lari, soundi, lingala, kikongo et en français le quotidien des enfants, les moments partagés avec les copains et l’importance accordée aux valeurs de respect dues aux parents et à l’institution de l’école. Trois instrumentaux complètent cet album à la tonalité joyeuse et festive. Les deux derniers titres, plus lents, nous incitent à la rêverie à la façon d’un livre qui se referme.

Frantz-Minh Raimbourg


Dès 4 ans

Salsa !

1 livre-disque, benjamins media, coll.taille s

Texte et illustrations : Édouard Manceau
Musique : Jenna Bercez

Une note, deux notes, trois notes, dix notes et voilà une mélodie. Un trombone, une trompette, des percussions, un piano, une basse : voilà un orchestre. Et on rajoute une voix : tout est en place pour une joyeuse et entraînante salsa. Édouard Manceau est de retour avec le meilleur de son inspiration : celle de Pompons et de Clic-clac. L’histoire, très simple, fait penser à la trame de Piccolo Saxo : suite de rencontres avec des instruments qui finissent par former un orchestre. Rien que du bonheur avec la musique endiablée et les illustrations très colorées des personnages rigolos s’y détachent sur fond blanc.
Voilà un album joyeux pour ouvrir les oreilles des enfants.

Françoise Tenier

Les instruments de la fanfare

1 livre-disque, didier jeunesse, coll. écoute et devine

Réalisation musicale : Jef Cahours de Virgile
Illustrations : Marion Cocklico

Ce nouvel opus de la collection Écoute et devine, qui veut sensibiliser les très jeunes enfants au son des instruments, s’intéresse cette fois à un ensemble musical rarement évoqué dans l’édition pour les enfants. Le principe ? Cinq devinettes musicales interpellent le jeune auditeur pour l’inviter à discerner cinq instruments de la fanfare, ici le sousaphone, la batterie, l’euphonium, le trombone à coulisses et la trompette, mais bien sûr il y aurait pu en avoir davantage. D’abord, le narrateur invite à écouter quelques sons qui peuvent peut-être paraître étranges : c’est quoi ? un ballon qui se dégonfle ? un avion à hélice ? Non, c’est le trombone à coulisse ! et le voici qui se lance dans une courte improvisation. La dernière plage du CD rassemble tous les instruments pour un final enlevé, La Matchiche, d’origine brésilienne, popularisée en France sous forme de chanson par Félix Antoine Mayol au début du vingtième siècle. C’est tout simple, court (moins de neuf minutes), mais la qualité du son des instruments et de leur enregistrement, celle des devinettes musicales ainsi que la voix chaude et bien posée du narrateur œuvrent à la réussite de cet ouvrage.

Véronique Soulé

Söta Sälta, comme c’est étrange !

1 CD, Victor Mélodie

Chant : Elsa Birgé et Linda Edsjö
Textes : Robert Desnos, Jean-François Vrod, Michèle Buirette, Yannick Jaulin, Abbi Patrix, Dominique Fonfrède
Musiques : Linda Edsjö, Jean-François Vrod, Michèle Buirette, Yannick Jaulin

Elsa Birgé, française, et Linda Edsjo, suédoise, alias le duo Söta Sälta, aiment mêler leurs deux langues, comme elles l’avaient déjà fait, dans leur premier disque pour les enfants, Comment ça va sur la terre ? (2013), réalisé avec Michèle Buirette. Les deux chanteuses et musiciennes cultivent, avec audace et humour, l’art de l’étrange, du farfelu, de l’inattendu, du jeu vocal et des pirouettes poétiques tout en restant au plus près des enfants. Comptines traditionnelles, françaises ou suédoises, décomposées et recomposées, se mêlent à des histoires de trolls ou de drôles de bestioles, parmi lesquelles Le Ver luisant ou La Fourmi de Robert Desnos. Cette dernière, pourtant si souvent chantée, se réinvente complètement ici, tant par la musique et les arrangements que par son interprétation. La chanson Les Trolls fera délicieusement frissonner les jeunes oreilles les plus téméraires tandis que l’étonnant Extravanage clôt malicieusement le disque ! Les arrangements sur de nombreux instruments aux sonorités légères, tels le marimba, le vibraphone et toute une batterie de petites percussions ou d’objets incongrus, auxquels viennent s’ajouter parfois l’accordéon ou la contrebasse, composent un univers musical envoûtant et renouvelé de chanson en chanson, avivé par la variété des harmonies vocales et ce succulent va-et-vient franco-suédois. Il souffle comme un vent de liberté dans ce disque particulièrement enthousiasmant !

Véronique Soulé


Dès 6 ans

Tous des chats

1 livre-disque, le label dans la forêt

Chansons et texte : Pascal Parisot
Interprétation : Pascal Parisot avec une dizaine d’autres interprètes
Illustrations : Charles Berberian
Narration : Thibault de Montalembert

Le chat nous rappelle que tout n’a pas nécessairement une utilité sur terre. Mais il manquerait s’il n’existait pas. Notamment parce qu’il n’y a pas LE chat, mais des chats dont aucun n’est identique à son semblable. Et c’est ce que nous rappelle Pascal Parisot, non pas en faisant un traité de zoologie, mais en invitant des amis qui se font chats à tour de rôle pour une chanson avant de se retrouver pour chanter tous ensemble l’hymne final : « Tous des chats ». Les enfants aiment les chats, beaucoup d’adultes en ont un à la maison, certaines personnes âgées s’en passeraient difficilement. Chaque artiste, fidèle à sa personnalité musicale, en incarne un aspect. Et c’est un immense plaisir de retrouver La Grande Sophie appelant Albin sur un rythme trépidant, inquiète de ne pas retrouver à la maison son chat, lequel Albin de la Simone appelle Alexis HK sur un débit aussi tourmenté. Lequel Alexis HK n’a aucune inquiétude et déclame, impérial de nonchalance et en toute confiance, qu’on n’est bien que sur le dos, les moustaches déployées. Oldelaf est sollicité à son tour parce que Pascal a disparu, il ferait bien d’aller jeter un œil avec son chien. Commence alors un psaume qui se termine en un désopilant quiproquo où Oldelaf cherche Minou et non Milou, ou Milou et non Minou. L’histoire continue avec Emily Loizeau, Arthur H qui nous fait une évocation doctorale du chat au temps des pyramides, Vincent Delerm qui évoque des rêves de croquettes, Agnès Jaoui égrenant les noms d’un chat sur un rythme de cha-cha-cha. Et avant que tous terminent d’un seul cœur, Pascal Parisot nous gratifie de la miaouzique du chat. On est tous, tous, tous des chats, les mêmes chats, on aimerait que tous les chats du monde se donnent la patte. Irrésistible.

Gérard Authelain

Le chien qui cherchait un ami

1 Livre-Disque, Le Jardin Des Mots, Coll. Les Petits Savoureux

Texte et interprétation : Anne Leviel
Musique : Philippe Leroy
Illustrations : Laurence Clément

Le chien cherche un ami qui n’ait peur de rien : il tente successivement sa chance auprès du lièvre, du loup, de l’ours - sans succès... Comme si elle avait un public d’enfants devant elle, Anne Leviel raconte avec simplicité comment le chien est devenu le meilleur ami de l’homme. Des chants d’oiseaux et quelques notes de guitare accompagnent sa narration sobre et efficace. On retrouvera le texte de ce conte dans l’album illustré. De cette conteuse, on connaît surtout les Histoires du dessous de la peau, répertoire destiné à un public d’adultes et adolescents. Pour notre plus grand bonheur, elle revient ici avec ce conte traditionnel sibérien à destination des plus jeunes.

Françoise Tenier

Un poirier m’a dit

1 Livre-Disque, EPM/Les Mots Magiques

Paroles et musiques : Michèle Bernard
Poèmes : Jean-Claude Touzeil
Interprétation : Michèle Bernard et François Morel
Illustrations : Valérie Dumas

La vie d’un vieux poirier, ça n’a l’air de rien et pourtant ! Il fait pousser ses bourgeons, accueille les oiseaux, sert de support à une balançoire jusqu’au moment où arrive une armée de pelleteuses pour le déraciner ! Heureusement, ça ne se passera pas comme ça grâce à Michèle et aux enfants du voisinage. Cette jolie comédie musicale évoque délicatement notre rapport à la nature. On sent que pour Michèle Bernard l’écologie correspond à une conviction profonde, loin de tout effet de mode. Les protagonistes sont parfaits : tant l’auteure-compositrice-interprète et la petite chorale d’enfants qui l’accompagne que François Morel qui lui donne la réplique et intervient dans quelques chansons. Au départ, c’est une commande du CRÉA (centre de création vocale et scénique) qui l’a créé sur scène en 2015 au théâtre Jacques Prévert d’Aulnay-sous-Bois. « N’étant pas librettiste », déclare Michèle Bernard, « j’ai d’abord voulu m’inspirer d’un conte existant, et puis je suis tombée sur un petit recueil de poèmes intitulé Poirier proche, écrit par Jean-Claude Touzeil, un poète qui me touche beaucoup. Chaque poème est consacré au poirier qu’il voit de la fenêtre de sa maison. » Une belle rencontre.

Françoise Tenier


Dès 8 ans

L’ennui des après-midis sans fin

1 livre-disque, les arènes, coll. 33 tours

Paroles et interprétation : Gaël Faye
Musique : Guillaume Poncelet
Illustrations : Hippolyte

Quelle bonne idée que cette édition en solo, sous forme d’un magnifique livre-disque, de cette chanson extraite du disque Pili pili sur un croissant au beurre, sorti en 2013, composé par l’artiste franco-rwandais, rappeur, auteur-compositeur-interprète et écrivain (Petit pays recevait en 2016 le Goncourt des lycéens). Cette chanson, douce et mélancolique, aux allures de slam, évoque les temps de son enfance au Burundi, ces après-midi où il n’y avait rien à faire à l’heure de la sieste, avec l’aquarium comme seul écran à regarder, les jeux sur le carrelage frais ou sous le soleil entre copains, la pluie torrentielle des orages... Pour raconter ce train-train quotidien, comme il le nomme, Gaël Faye use d’une langue poétique qui en quelques mots fait surgir des images d’une grande force évocatrice, servies par sa voix mélodieuse, la musique de Guillaume Poncelet et les arrangements légers.
Certainement pas écrite pour les enfants, d’autant que la langue de Gaël Faye n’est pas simple, la chanson devient, sous cette forme de livre-disque grand format, une histoire qui, au contraire, résonnera auprès de nombreux enfants. Lequel ne s’est pas ennuyé au cours d’un long après-midi d’été dans l’attente qu’il se passe enfin quelque chose et a déployé alors toute son imagination pour s’occuper ? Les images de l’illustrateur Hippolyte, au fusain et à l’aquarelle, dans les tonalités de vert et de jaune, font superbement écho au texte de la chanson qui court dessous et permet ainsi aux jeunes lecteurs et auditeurs de s’imprégner de la langue poétique de Gaël Faye, tout en écoutant, par exemple, la version instrumentale sur la seconde plage du CD. Une belle réussite !

Véronique Soulé

Droits de l’enfant, chaud devant !

une émission de Radio Linglangues

1 CD, Trois Petits Points / Dulala

Elsa Valentin, interprétation : Charlotte Hennequin

Les droits de l’enfant, tout un programme ! Ce n’est pas le premier document sur la question, mais celui-ci se distingue par l’originalité de sa forme : une émission de radio animée par Charlotte et Simon avec micro-trottoir, interviews, reportages et chansons. Le sujet est abordé de front : Convention de Genève, sort des enfants réfugiés, droit de circuler et de parler sa propre langue, écologie... à Radio Linglangues on parle vrai et on n’hésite pas à revendiquer. Parmi les moments forts de l’émission : le témoignage d’un jeune réfugié et un reportage à la Calandreta de Gap école associative bilingue français-occitan. Car ici les langues d’ici et d’ailleurs sont partout présentes : dans les chansons en kabyle, italien, bulgare, breton... qui viennent alléger le propos, mais aussi dans les témoignages et les réactions d’enfants. Vivant, engagé, bien documenté, ce document copieux (le CD dure soixante-dix minutes) fera l’objet d’une écoute fragmentée et accompagnée.

Françoise Tenier

La bergère aux mains bleues

1 Livre-Disque, Margot / Neômme

Texte : Pierre-Luc Granjon
Chansons : Amélie les Crayons
Illustrations : Samuel Ribeyron

Quand on reçoit La Bergère aux mains bleues, même si l’on brûle d’envie de mettre le CD dans le lecteur, on ne peut pas résister au désir de commencer par ouvrir et feuilleter le livre. On a presque envie de mettre des gants pour l’ouvrir. On regarde, le rêve s’insinue, on est embarqué, ce qui étymologiquement signifie qu’on monte dans la barque, le voyage commence. Justement l’histoire débute avec Kelen qui s’en va-t-en mer, parce que son rêve, à lui, c’est l’océan. Madalen et les deux enfants sont restés sur le quai. Alors un chant s’élève pour combler le vide que le marin a laissé, tout à sa passion. Les voix et les musiques nous immergent dans la douceur de la laine des moutons, dans la lumière du poisson argenté. Mots et musiques disent avec délicatesse l’attente de celles et ceux qui guettent le retour des marins qui ne reviennent pas. Il y a une sorte de dialogue à trois : la narration, les chansons, les images pleine page du livre, qui transcrivent chacune en leur genre l’histoire de cette famille entourée des moutons. La bergère et les enfants disent à leur manière leur espoir : « Il nous faudra la confiance de chacun à chacun, qu’à petits pas on avance la main dans la main. » Le fil de l’histoire, tricoté par les enfants, qui n’est pas dans le livre mais dans le mot final du CD et qu’entendent seulement ceux qui vont jusqu’au bout, n’a jamais cessé d’inspirer leur comportement : « Madalen, elle fait des crêpes. Ce qu’il y a de bien avec les crêpes, c’est comme dans les histoires, on peut mettre ce qu’on veut dessus. L’important c’est que ça se partage et que ça soit bon. Voilà ! Les histoires c’est comme les crêpes. » Belle aventure à laquelle nous convie Amélie-les-Crayons, avec une brochette de musiciens qui ont bravé tous les écueils pour mener avec elle et avec maîtrise la barque à sa destinée.

Gérard Authelain

Migra’son

1 CD, Victor Mélodie

Michèle Buirette
Interprétation : Chœurs d’enfants des écoles du Finistère

Migration(s), tel est le mot à l’origine de ce projet pédagogique artistique devenu un disque, un terme que les enfants entendent sur tous les tons sans nécessairement savoir ce qu’il recouvre. Prendre le prétexte des animaux est un chemin facile avec les enfants, et c’est celui que Michèle Buirette, accordéoniste, chanteuse et compositrice, a emprunté, convoquant ici les ours, là les perroquets ou les requins pour évoquer des sujets comme le dérèglement climatique, la peur de l’autre... C’est un projet d’ampleur qu’elle a monté avec les écoles du Finistère, morceau de terre où la vue de l’océan doit certainement faire rêver aux départs et aux arrivées. En collaboration avec les élèves et les professeurs, et avec le soutien d’associations chorales et de l’Éducation nationale, elle a donc composé avec eux dix chansons, une par école. Le ton est joyeux, les mélodies sont simples et font référence à des mélodies plus traditionnelles, les mots d’artistes se mêlent à ceux des enfants. Puis est venu le disque.
Le travail choral est exigeant, la musicienne s’est entourée de musiciens de haut vol pour l’enregistrement (la percussionniste Linda Edsjö, la contrebassiste Hélène Labarrière, Jacky Molard aux cordes et aux arrangements) qui apportent la variété des timbres de leurs instruments et une base musicale solide aux jeunes chanteurs amateurs.

Dominique Boutel

Belles bestioles

Initiation à la musique classique

1 Livre-Disque, La Montagne Secrète

Sélection musicales et textes : Ana Gerhard
Illustrations : Mauricio Gómez Morin

Oublions le sous-titre - « Initiation à la musique classique » - à l’aspect didactique guère engageant. Car une fois l’album ouvert et le CD écouté, ce livre-disque se révèle très original. Il propose une vingtaine d’extraits d’œuvres de musiciens, du XVe siècle à aujourd’hui, qui ont été inspirées par des bestioles en tous genres - insectes, petites bêtes ou un peu plus grosses, tels le bourdon, la sauterelle, l’araignée ou le serpent, etc. Parfois le compositeur a choisi d’imiter le son de la bestiole qui peut être très bruyante, parfois il évoque ses mouvements, comme ces voix d’un chœur qui simulent le bourdonnement des mouches en vol chez Rimski-Korsakov ou les notes du clavecin qui rappellent les acrobaties d’une puce chez Bodin de Boismortier. Les extraits sont courts, moins de deux minutes, et offrent une grande variété musicale. Voilà une jolie façon d’attiser la curiosité ! Curiosité renforcée par l’album de 60 pages, véritable mine d’informations sur chaque extrait : sa place dans l’œuvre, ses spécificités musicales et instrumentales, la biographie du musicien, ainsi qu’un glossaire des termes musicaux et un tableau chronologique des musiciens. Enfin, les illustrations, réalisées en différentes techniques par l’illustrateur espagnol Maurizio Gomez Morin – car l’édition originale est espagnole -, à la fois baroques et humoristiques, sont étonnantes.

Véronique Soulé

Célèbre et Musica, Voyage musical

1 Cd, Bayard Musique Jeunesse, Coll. Arc-En-Ciel

Ensemble Obsidienne, direction : Emmanuel Bonnardot

Certaines musiques ne sont pas au premier rang de celles le plus fréquemment écoutées par les enfants. Et font encore moins le palmarès des productions pour le jeune public. On le sait pourtant : les productions les plus neuves ne sont pas celles qui épousent les clichés du jour, mais celles qui nous ouvrent les armoires de trésors oubliés. C’est ainsi que l’ensemble Obsidienne offre aux enfants la découverte de musiques anciennes, mêlant interprétation d’œuvres médiévales et improvisation. Le récital fait découvrir des sonorités inhabituelles provenant d’instruments aux noms enchanteurs : rebec, tympanon, cistre, chalemie, dulcimer, psaltérion, etc. Le CD ouvre le projet avec deux instruments qui font plonger dans un univers venant des profondeurs. Puis se succèdent de plage en plage, comme en un arc-en-ciel (c’est l’un des qualificatifs de la pierre obsidienne), des timbres inhabituels, certains avec une ampleur fascinante, d’autres avec une vivacité étincelante, d’autres encore avec la douce caresse d’un tissu soyeux. Parfois un côté espiègle et enjoué, parfois le caractère austère et grave. Avec Célèbre et Musica, on entre dans un palais musical dont on ne croyait pas qu’il ait conservé une telle fraîcheur.
Le livret donne de nombreux éléments et en fait un instrument de découverte dont se réjouiront les familles aussi bien que les enseignants de formation musicale ou les musiciens intervenant dans les écoles. L’enregistrement des voix comme des instruments est d’une très grande qualité : il conduit l’auditeur à la recherche d’un temps perdu mais ô combien séduisant en exhumant les perles de la tradition. Car il s’agit bien d’un patrimoine vivant et alerte, qui nous purifie les oreilles de tant de musiques camelotes et autres musiques creuses dupliquées à vous couper la soif. Obsidienne nous fait redécouvrir un Moyen-Âge musical de la même veine que les fascinantes enluminures dans les ouvrages de cette époque faisant respirer les textes qu’elles accompagnent.

Gérard Authelain


Dès 10 ans

Siam au fil de l’eau

1 Livre-Disque, Flammarion Jeunesse

Texte : Arnaud Thorette
Musiques : Johan Farjot
Illustrations : Olivier Latyk

Une nouvelle superproduction pour les plus jeunes, pourquoi s’en plaindre si elle est réussie ? C’est le cas avec cette comédie musicale qui nous fait voyager du Vietnam aux États-Unis à la suite du personnage de Siam, une jeune fille née de l’union (consentie ?) d’une femme vietnamienne et d’un soldat américain. Pour échapper à la guerre, et grâce à la complicité d’un ami, Siam débarque à San Francisco, où elle finit par faire ce qu’elle aime, chanter. Le chœur des oiseaux offre un contrepoint humoristique à ce récit, agréablement mélo, qui évoque la vie difficile des gens obligés de fuir leur pays et contraints de vivre de façon illégale dans un pays d’accueil.
L’ensemble Contraste que dirige Arnaud Thorette a sollicité́ la participation de belles voix, issues du monde de la chanson, du théâtre ou du lyrique, des professionnels de haute volée pour interpréter cette œuvre chorale où l’engagement de chacun est perceptible.
À chaque livre-disque acheté, 1 euro est reversé à l’association Le Rire Médecin, qui intervient dans les hôpitaux pour enfants.

Dominique Boutel

Histoire(s) de perdre la tête

1 CD, Oui’dire, Coll. Contes D’auteurs

Huile d’olive & Beurre salé (Fabienne Morel et Debora di Gilio)

Ici, perdre la tête n’est pas un vain mot : on peut aussi perdre un pied, une jambe voire se retrouver complètement démembré - mais c’est pour mieux renaître grâce à l’amour d’une personne qui vous aime et d’un peu de magie : dans le domaine du conte merveilleux, tout est donc possible - le pire comme le meilleur. Presque sans transition, on passe de l’effroi au rire : faisant appel au burlesque, à l’humour, aux chansons le duo de conteuses désamorce l’horreur suscitée par les passages les plus durs, ici par une fausse émission de téléréalité, là par une parodie de commentaire sportif.
Huile d’olive, c’est la sicilienne Debora di Gilio, Beurre salé, c’est la bretonne Fabienne Morel. Chacune apporte quelque chose de sa culture d’origine avec ces trois contes de dévoration : on découvre ainsi un Barbe bleue calabrais, une version bretonne du Conte du genévrier et une Belle au bois dormant napolitaine. À déguster en famille.

Françoise Tenier

Le bal des loups

1 CD, Oui‘Dire, Coll. Contes D’auteurs

Patric Rochedy
Musique : Virginie Basset

Le loup ! Encore lui ! Car il est fondateur des contes, mêlant imaginaire et récits populaires, le loup nourrit de nombreux récits, dans lesquels il est chasseur ou chassé. Le conteur fait naitre des paysages, des atmosphères, des ambiances de village, celles du café où l’on dit « des bêtises », où l’on écoute. La voix rocailleuse, naturelle, colorée de ce petit accent du Sud, la langue émaillée d’expressions en patois du conteur Patrick Rochedy captivent, fascinent, parfois glacent le sang tellement il fait plonger ceux qui l’écoutent dans l’archaïsme de nos peurs. Accompagné par le violon de Virginie Basset, dont l’instrument grince comme la glace qui craque, parfois aussi par un tambour primitif, Patrick Rochedy parle des temps anciens et nous fait comprendre qu’ils sont encore présents dans notre imaginaire et nos mémoires. Il questionne ainsi notre rapport au monde et à la nature.

Dominique Boutel


Dès 12 ans

La femme moustique

1 CD, Oui‘Dire, Coll. Contes D’auteurs

Mélancolie Motte
Musique : Julien Vernay

Les contes, même ceux que l’on raconte aux enfants, ne sont pas toujours des histoires paisibles et béates. Ils regorgent parfois de descriptions terribles et d’aventures horrifiques, car le but n’est pas d’apaiser le marmot pour faciliter son endormissement, mais d’ouvrir l’enfant sur la face cachée de tous les combats qu’il aura à mener pour se développer. Mélancolie Motte s’est inspirée de contes traditionnels orientaux pour raconter la légende d’une femme qui se fait moustique, entre dans le nez d’un roi et accepte d’en sortir sous réserve que celui-ci consente à l’épouser. Point de départ pour elle, elle exerce alors son pouvoir d’ogresse sur le monarque en dévorant tout ce qui peut l’empêcher d’exercer sa dictature. Sauf que le dernier enfant des anciennes épouses qu’elle fait mourir successivement va se lever, traverser des épreuves qui vont le faire grandir, et sauver les siens et son pays. La musique, superbe, qui accompagne est essentiellement celle de la voix de Mélanie Motte. Elle « nous » parle et « nous » chante comme si elle était à côté de nous pour nous faire partager un secret qui vient de plus loin qu’elle, de plus loin que nous, un vrai secret d’humanité. La première plage donne le ton : un crissement, « un trou », « un puits », et entre les mots des bribes de silence, qui sont la respiration nécessaire pour que l’on ne coupe pas le fil. La musique « instrumentale » est réduite au minimum primordial : un zizzoiement de moustique au début du conte, quelques ronflements de l’ogresse, un rythme de fuite quand le garçon emporte le foie du bélier, quelques croassements quand il traverse la forêt. La parole domine, c’est la vraie force qui entraîne à écouter de bout en bout, jusqu’au clin d’œil final en forme de claque sur le moustique.

Gérard Authelain